Je Consomme Donc Je Suis Dissertation

Dissertation

|« Je pense donc je suis » 
|Descartes

Autrefois, les philosophes se déchiraient à savoir sur quoi ils pouvaient baser leur raisonnement.Celui ayant tiré une conclusion de ces recherches fut Descartes. Maître de la déduction logique, il passa au peigne fin chacun des éléments constituant notre réalité. D'un point de vue idéaliste, même l'existence de la matière était mise en doute : on pourrait tout simplement «halluciner» ce qui nous entoure, et que le site réel des objets soit entre nos yeux et notre nuque. Tout comme un rêve lanuit nous fait croire que son contenu s'est réellement produit, Descartes posa l'hypothèse selon laquelle la réalité est un rêve sans fin. Même les notions géométriques et mathématiques furent remises en question. Plus tard dans sa réflexion, il réalisa qu'une chose était sûre : c'était que durant son raisonnement, il pensait. Le fait qu'il pense prouvant son existence, il en déduisit une phrase quirévolutionna le monde philosophique: «Je pense, donc je suis». Or, dans le contexte actuel, à l'ère où la consommation est presque un devoir de citoyens, un hobby, dans certains cas même une profession et où les centres commerciaux sont devenus des point de rencontres, des endroits où on va entre amis et où on peut dîner aussi (et ce, même les soirs de semaine et le dimanche), on pourrait toutaussi bien dire que la possession de biens régit notre identité. D'où l'affirmation « Je dépense, donc je suis». Mais est-ce bien là le nouveau fondement de notre société? Selon moi, la mentalité actuelle est bel et bien régie par l'acquisition de biens.

D'abord, je crois que cet état de fait a toujours été observable, mais à bien moins grande échelle. En effet, l'Homme a toujours eu laconviction inconsciente que posséder quelque chose aux caractéristiques enviables transfère ces bienfaits au propriétaire. Cette tendance est similaire au processus de nutrition: ingérer un fruit rempli de vitamines donne à celui qui l'avale les bienfaits caractéristiques des nutriments en question. Ce fait est vrai aussi au sens plus figuré pour les guerriers qui jadis conservaient les armes de leurvaleureux adversaires afin d'acquérir en quelque sorte ce même courage, ou pour la petite fille contemporaine qui vole la tuque de la fille la plus populaire en pensant devenir la plus aimée à son tour. En fait, dans la société actuelle, les caractéristiques qu'on tend à vouloir acquérir n'étant plus le courage, on tente d'adopter celles que les médias diffusent, soit toutes celles en rapportavec l'apparence. Où que l'on aille, publicités et centres commerciaux affichent aubaines et tendances nous invitant à être quelque chose, mais pas n'importe quoi. On ne nous demande pas de nous accomplir en tant qu'individu, de faire du mieux que nous pouvons, de garder la forme pour notre santé. Non. Car ce serait tourner le regard du potentiel consommateur vers un investissement dans sa personneau lieu de dans un magasin. On veut nous comparer constamment avec les acteurs et actrices de la télévision, les top models, les jeunes chanteurs talentueux au succès prématuré...c'est pourquoi ils sont partout, avec leur beaux yeux bien maquillés, leur silhouette gracieuse, leurs vêtements à la mode, leur famille modèle et leur voiture de luxe. Ils nous guettent, et ils nous connaissent assez bienpour nous faire oublier ce qu'on est et pour nous initier à leur secte de perfection et de stéréotypes. Mais pourquoi ces icônes en sont-ils venus à s'en prendre à la race humaine, à la dominer?

Cette culture inculquée s'intègre à notre système de valeur en nous bombardant d'icônes et de modèles de vie prédéfinis, et on en vient au point où tous ces éléments superficiels sont devenus...

La Journée sans achats, c’est le 27 novembre ! Lancée à l’initiative de la Media Fondation à Vancouver, la Journée sans achats est maintenant suivie dans le monde entier. Le mot d’ordre de la journée est de ne rien acheter et d’utiliser le temps ainsi libéré pour réfléchir à nos habitudes de consommation.

L’idée de questionner le mode de vie consumériste a trouvé une nouvelle urgence dans la constatation frappante que, si le monde entier adoptait les habitudes de vie des pays développés, il ne nous faudrait pas moins de cinq Terres. Or, nous n’en possédons qu’une.

C’est sur ces prémisses écologiques que se sont forgés des mouvements économiques alternatifs tels que celui des « objecteurs de croissance ». Pour eux, le terme « développement durable » est un oxymoron : l’espèce humaine ne peut envisager de se développer indéfiniment sur une Terre qui, elle, possède une quantité finie de ressources.

Serge Latouche, économiste français et père de la notion de décroissance économique, reprend le flambeau de Baudrillard et Illich, et tente de jeter les bases d’une économie qui ne serait plus basée sur la croissance. Dans le remarquable ouvrage collectif Les valeurs explicites et implicites dans la formation des enseignants, Latouche se demande Comment sortir de l’imaginaire économique dominant ? Dans cette section, il note que l’école participe à entretenir « l’orthodoxie économique » : les sciences économiques, telles qu’elles sont enseignées à l’heure actuelle, ne tentent pas de présenter aux élèves des modèles alternatifs à la croissance économique. Ni n’essaient de faire imaginer aux élèves des alternatives possibles au modèle dominant. Ni ne remettent en cause le lien implicite entre la croissance économique d’un pays et le bonheur de ses habitants.
En tant qu’enseignant, la Journée sans achats peut donc être l’occasion d’examiner toutes ces valeurs implicites qui encombrent silencieusement l’univers scolaire. Et ainsi répondre à la virulente remarque de Latouche, reprenant Majid Rahnema : l’Homo Œconomicus procède à la fois à la manière d’un virus et d’une drogue, par « la destruction des défenses immunitaires et la création de nouveaux besoins. La première est bien réalisée par l’école, la seconde par la publicité. »

La publicité…

Comment sensibiliser nos jeunes à l’impact du marketing sur leurs vies ? Comment inverser un processus dûment établi, entretenu et renforcé par la machine publicitaire, et qui prône que ce sont par les biens matériels que l’on forge son identité et que l’on gagne son bonheur ?

En février dernier, Jacques Séguéla, conseiller en communication professionnelle, et proche des grands de ce monde, annonçait tout de go dans une émission française de grande écoute : « Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! ». Toujours ce vieux lien entre pouvoir économique et bonheur…
C’est certainement ce lien qui est le plus difficile à casser, même si l’on a conscience qu’il existe.

Pour nos adolescents, acheter un vêtement lululemon ou American Apparel donne une gratification instantanée : on bénéficie, en portant le vêtement, de l’image que la marque a soigneusement développée : le marketing du prêt-à-porter confère, en retour, un statut «prêt-à-porter ».

Il y a quelques années, ma fille, alors âgée de 13 ans, s’est trouvée en butte à l’opprobre de ses camarades de classe, parce qu’elle ne portait pas « les bonnes marques ». En discutant de la situation avec elle, il m’est apparu que ce qui indisposait ses camarades, c’était justement cette absence de lisibilité immédiate : une ado sans marque devient opaque pour ses pairs. Elle les met mal à l’aise : les statuts « prêt –à-porter » développent des jeunes « prêts-à-porteurs » ; en sont-ils conscients ? Voient-ils les marques comme le prolongement de leur personnalité plutôt que le moule économique qui les forge ?

Le Réseau a développé un large éventail de leçons permettant de déconstruire l’impact de la publicité sur la vie de nos jeunes ; en voici quelques-unes :

Pour les parents plus spécialement, la section Marketing et consommateurisme donnera des informations de fond sur la question.

Et si vous entreprenez une réflexion avec vos jeunes sur ce lien implicite et tenace entre consommation et bonheur, une technique éprouvée (notamment par les enfants de 4 ans) pour aller au fond des choses, c’est « la cascade des pourquois » :

  • Pourquoi aimez-vous magasiner ?
  • Parce qu’on achète des choses qui nous ressemblent.
  • Pourquoi vous ressemblent-elles ?
  • Parce qu’elles nous correspondent, elles nous plaisent. On se sent bien quand on les a, et qu’on les porte.
  • Pourquoi ?
  • Parce que c’est une marque de jeunes !
  • Pourquoi ?

Etc.

Je terminerai avec une citation économiquement et écologiquement saine :
« La richesse n’est pas fondée dans les biens, mais dans les échanges concrets entre les personnes. Elle est donc illimitée ». Jean Baudrillard

Bons échanges concrets !

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